Extrait interview : Serge Maniey – Le hanmi en Aikido

Cet article est extrait d’un entretien de Serge MANIEY, élève depuis 1986 de Daniel TOUTAIN Sensei.

Reproduit ici avec son aimable autorisation.
Merci aussi à Bruno pour avoir tenu l’entretien et
recueilli les propos.


 

 

 

 


 

 

 

Serge Maniey au stage d'Auray 2008Serge Maniey… un pratiquant passionné.

 

Serge MANIEY a fait ses premiers pas au karaté. Il a rencontré des grands maitres de la discipline.
En 1986, il découvre l’aïkido et un professeur hors norme, Daniel TOUTAIN. Ce dernier incarnait ce qu’il recherchait depuis toujours : un être engagé, la passion d’un véritable budoka.
En 1991, autre rencontre et non des moindres: celle avec Maitre Saito par l’intermédiaire de Daniel TOUTAIN qui restitue sans relâche l’aïkido tel que Maitre Saito l’a reçu du fondateur.
Trois ans après avoir débuter l’Aïkido, Daniel TOUTAIN a demandé à Serge d’enseigner à Cesson-Sévigné et à Chartres de Bretagne en région Rennaise. C’est comme cela que Serge a démarré son parcours de professeur, c’était en 1989. Il enseigne aujourd’hui au Dojo de Liffré avec un enthousiasme sans cesse renouvelé et une profonde passion qu’il communique à chacun de ses cours… pour le plus grand plaisir de ses élèves et amis.

 




 

 

 

 


 

 

 

 

 

Peux-tu définir la position hammi ? On dit qu’en Kihon, il ne faut pas tirer ni pousser. Ceci est valable pour un partenaire parfaitement neutre dans sa saisie, mais en tant que pratiquant je n’ai eu que rarement ce type de partenaire. Est-il faux de s’adapter en tirant ou en poussant pour prendre le centre ?

OSensei-SaitoSensei-hanmiO-Sensei en position « hanmi ».
avec son élève M. Saito Sensei
Iwama – Japon

A Iwama, la position Hammi est d’une précision sans équivoque. C’est ce qui m’a le plus posé de problème quand j’ai commencé cette façon de pratiquer, car je n’arrivais pas à trouver mon équilibre. Cette posture particulière et très précise, quand je la pratique correctement m’épuise, car elle seule permet un verrouillage intangible du corps. Comme tu le vois sur cette ancienne photo d’O-Senseï, elle met les hanches de ¾ avec la sensation que tu pousses de face. Le corps se retrouve unifié, et la sensation que nous devons avoir est celle d’un bloc relié au sol. Grâce à cette position triangulaire chaque mouvement que nous faisons est puissant naturellement car notre corps pousse le sol en permanence. Nous effectuons la même chose quand nous poussons une voiture en panne. La difficulté est qu’en aïkido, nous devons conserver cette sensation à chaque technique, et que la saisie de tout adversaire nous dérange et nous perturbe profondément d’autant plus si ce dernier saisit avec les mêmes principes.

Les armes de l’aïkido telles que le pratiquait le fondateur nous apprennent, non seulement à saisir avec tout notre corps, mais aussi à harmoniser notre centre avec notre saisie. En fait c’est exactement la même chose. L’un ne va pas sans l’autre. C’est tout le sens du mouvement de base taï no henko (technique de base en aïkido). C’est le principe même de l’aïkido.

Et les frappes me direz vous ? Et bien si elles ne sont pas directement reliées au centre, nos frappes n’ont aucune efficacité. Les frappes ont la même ligne de force que les saisies, mais sans contact. C’est tout. L’efficacité de l’aïkido ne se voit pas. Cela n’est pas spectaculaire au premier coup d’œil, car la pratique est interne.

Beaucoup de pratiquants croient que sous couvert d’harmonie on doit être complaisant, et c’est une grave erreur. On ne doit pas bloquer non plus, car là le partenaire n’est plus neutre, et la direction de sa force peut se retourner contre lui. On doit saisir correctement, c’est-à-dire de façon à ce que le partenaire ne puisse pas nous frapper mais sans tirer ni pousser, tout ceci à partir de son centre. Si le partenaire pousse ou tire c’est que sa saisie n’est pas correcte et que l’on peut le frapper. Même s’il est plus puissant que nous. On rentre alors dans le domaine des applications car on s’adapte à une situation donnée mais qui n’est pas juste. Seul le travail de base permet de comprendre l’essence et la richesse de l’aïkido dans sa notion de justesse. Ceci est fondamental car la moindre petite erreur de saisie, en combat réel peut nous être fatale si elle n’est pas effectuée correctement. Par contre si elle est exacte, en kihon, on maîtrise véritablement des adversaires plus puissant que nous, et par voie de conséquence en kinonagare. De plus la neutralité nous permet de ne pas faire sentir nos intentions à nos adversaires.

Il ne faut surtout pas négliger non plus le sens des saisies. Dans beaucoup d’écoles d’aïkido le sens profond de saisir est totalement oublié. Dans les anciens dojos traditionnels, celui qui saisit est l’élève le plus gradé, car en combat réel, la saisie ne dure pas plus qu’une fraction de seconde. Au moment où l’on attrape l’ennemi, on frappe en le déséquilibrant. On coupe sa force du sol. Mais tous nos angles de vulnérabilité doivent être parfaitement verrouillés. Le génie du fondateur de l’aïkido est qu’il a, à force de pratique, exceptionnellement comprit l’essence profonde de nombreux arts martiaux, et qu’il a découvert une forme de corps universelle qui verrouille tout partenaire.

En aïkido la justesse d’exécution est primordiale et uniquement le travail des armes nous permet cette compréhension intime.

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